Les débats

Lorsqu’ils déposent une candidature sur Parcoursup, les bacheliers professionnels ont plus de difficultés que les autres

Avenir de l’enseignement professionnel -

Par / 28 mai 2019

Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, par une décision du 18 janvier dernier, le Défenseur des droits demandait au Gouvernement de « mener une analyse approfondie concernant la situation de l’affectation des bacheliers technologiques et professionnels dans l’enseignement supérieur et de prendre les mesures nécessaires pour favoriser davantage leur accès dans les formations de leur choix » – je remercie M. Toubon de m’avoir ainsi aidé à rédiger cette intervention ! (Sourires.)

Le Gouvernement n’a pas répondu formellement au Défenseur des droits, me semble-t-il. Monsieur le ministre, au nom de la représentation nationale, je souhaite savoir si vous avez progressé pour remédier à ces discriminations et donner les mêmes droits aux lycéens de l’enseignement professionnel dans la procédure Parcoursup ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse. Monsieur le sénateur, c’est un sujet extrêmement important, et je suis heureux de pouvoir vous répondre très positivement. Je le suis d’autant plus que, tout au long de l’année dernière, nous avons entendu craintes, inquiétudes et angoisses ; elles sont d’ailleurs assez constantes sur ces sujets et finissent par être en partie autoréalisatrices, même si elles sont en partie compréhensibles.

Pour preuve, malgré des chiffres très positifs, nous avons ancré par des discours d’angoisse l’idée que les bacheliers professionnels seraient discriminés. C’est tout le contraire, mais, à force d’entendre qu’ils vont l’être, ils pensent que c’est le cas. C’est pourquoi j’insiste toujours sur le fait que nos discours font aussi partie de la solution.

J’étais en Seine-Saint-Denis en décembre dernier ; j’ai parlé avec des proviseurs qui constataient objectivement que leurs bacheliers professionnels avaient été davantage admis dans l’enseignement supérieur, notamment en BTS. Néanmoins, les lycéens pensaient que c’était l’inverse et, évidemment, ils bridaient leurs ambitions.

Nous devrions tenir des discours fondés sur les chiffres pour créer ce cercle vertueux de l’ambition et de la désinhibition.

Quels sont ces chiffres ? Lors de la dernière rentrée, quelque 68 757 bacheliers professionnels ont reçu des propositions d’admission en BTS, contre 53 729 lors de la précédente rentrée. Pour moi, c’est un chiffre clé, un chiffre social par excellence. Ils sont donc 15 028 de plus, ou 28 %, à avoir reçu une proposition d’admission par rapport au système admission post-bac ou APB.

Nous voulons conforter ces progrès, car, nous le savons, c’est surtout en BTS que les bacheliers professionnels réussissent dans l’enseignement supérieur. C’est la raison pour laquelle, en tant que ministre de l’éducation nationale, j’ai mené une politique volontariste en la matière, en demandant aux proviseurs de réserver plus de places à ces bacheliers professionnels. On en voit les résultats au travers des statistiques.

Mme la présidente. La parole est à M. Pierre Ouzoulias, pour la réplique.

M. Pierre Ouzoulias. Monsieur le ministre, les faits sont ceux du Défenseur des droits, et non les miens : après une enquête et une analyse, il a montré que, dans la procédure Parcoursup, le nombre de réponses favorables pour les lycéens issus des filières professionnelles était nettement moindre. Et les premiers chiffres disponibles montrent que, malheureusement, pour l’épisode 2 de Parcoursup, c’est exactement la même chose. Les discriminations sont là !

J’entends vos chiffres, monsieur le ministre, mais il faudrait aussi les mettre en relation avec l’augmentation importante du nombre de bacheliers.

J’espère vivement que votre collègue Mme Vidal nous transmettra les chiffres pour cette année – à cette heure, nous n’avons toujours pas de bilan complet de la première année de Parcoursup pour les lycéens de l’enseignement professionnel. Nous les examinerons, et je reviendrai peut-être vers vous, monsieur le ministre, ainsi que vers M. Toubon, pour faire valoir les droits des lycéens professionnels, qui ont, selon moi, malheureusement souffert de discriminations dans Parcoursup.

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