Tribunes libres

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Trois années de propositions et de résistance aux politiques néolibérales

2017-2020 : bilan de l’activité du groupe CRCE -

Par / 13 juillet 2020

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Déjà trois ans. Le 7 mai 2017, Emmanuel Macron accédait à la présidence de la République suite au désaveu des forces qui ont, durant des décennies, assumé et imposé une voie libérale à la France. Emmanuel Macron a profité de cette situation pour incarner un soi-disant renouveau, mais très rapidement son seul objectif est apparu : celui d’aller plus loin dans la désintégration économique, sociale et démocratique. Désintégration économique, car Emmanuel Macron a volontairement accompagné la soumission de notre économie à la mondialisation financière.

Celui qui, ministre, a bradé Alsthom à l’américain General Electric n’a pas levé le petit doigt pour s’opposer au fil des mois aux restructurations, aux délocalisations et au recul de l’investissement industriel au profit de la finance. Sa décision de supprimer l’ISF, l’instauration de la flat tax à la française qui limite à 30 % les prélèvements sur les revenus du capital et le refus de restaurer une taxation de l’évasion fiscale (exit tax), sont des marqueurs symboliques d’une présidence au service des riches. Le monde d’Emmanuel Macron, c’est l’économie du profit immédiat, sans fondement industriel national. La crise du Covid-19 a souligné l’ampleur de cette désintégration économique, symbolisée par l’incapacité à faire face aux besoins matériels évidents et urgents : masques, tests, respirateurs. Cette politique s’attaque au noyau dur des services publics.

L’assaut mené contre le statut de la SNCF et des cheminots en est le symbole. Aucun secteur de l’activité du pays n’est plus à l’abri de la privatisation et des appétits financiers même si cela relève de l’absurdité économique et sociale, comme le bradage des concessions autoroutières ou la vente, repoussée pour l’instant, d’ADP. De l’hôpital à l’université, en passant par l’énergie et les transports, c’est « open-bar » pour le marché. Cette désintégration économique implique aussi une désintégration sociale d’une rare violence. Dans le prolongement de la loi El Khomri, les ordonnances « Pénicaud » ont, dès l’automne 2017, traduit la volonté de casse sociale. Les accords de « performances économiques », chantage aux salaires contre le maintien de l’emploi, sont possibles grâce à ces ordonnances.

La réforme de l’assurance-chômage, la casse définitive de notre système de retraite, suspendue pour un temps, mais dont la remise en chantier démange le Chef de l’État, sont l’expression la plus visible de cette volonté de dynamiter les derniers restes du pacte social, issu du programme du CNR. Comment ces désintégrations économiques et sociales sont-elles possibles alors qu’elles sont contraires aux intérêts de l’immense majorité de la population ? Cette question, d’apparence banale, est pourtant fondamentale. En fait, c’est la troisième désintégration, la désintégration démocratique qui est l’outil de ces coups de force multiples.

Depuis des années, le pouvoir politique cède la place au pouvoir de la finance. La loi du marché s’est imposée petit à petit comme l’élément essentiel de la régulation démocratique. L’Europe s’est construite sur ce péché originel : c’est la concurrence libre et non faussée qui la fonde et non pas la démocratie. Le projet qui rassemble les forces libérales, avouées ou non, est une décentralisation qui détruit l’unicité, qui recherche une « France à la carte » comme l’a récemment indiqué le Président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand. Nous disons attention : une fuite en avant décentralisatrice, synonyme d’éparpillement, n’est pas la solution miracle pour réduire le fossé démocratique.

Comment franchir une nouvelle étape de la décentralisation lorsque l’on casse les services publics, que l’on ferme des lignes ferroviaires, les bureaux de poste, les hôpitaux de proximité, les classes ? La crise du covid-19 a souligné une défaillance de l’État et un rôle salvateur des élus locaux. C’est un juste constat, mais ce n’est certainement pas une situation à pérenniser. Avec mon groupe, nous l’avons affirmé clairement au sein du groupe de travail relatif au futur projet de loi 3D mis en place par le Président du Sénat en juin, la décentralisation ne pourra être remise sur de bons rails sans un État démocratisé et renforcé dans ses missions pour assurer l’égalité sur le territoire de la République. Oui à une nouvelle étape de la décentralisation, mais certainement pas dans un contexte d’austérité financière, de mise en concurrence généralisée. La montée en puissance du concept de différenciation qui se substituerait finalement à une vision républicaine de la décentralisation est, selon nous, un danger. La crise profonde de notre système politique, symbolisée par les ravages de l’abstention, ne se résoudra pas de cette façon. C’est la Vème République dans son ensemble qui échoue. Le poison
du présidentialisme qui devient le seul fil conducteur de la vie politique pousse à cette désintégration du système.

Le Parlement est dans ce cadre mis à l’encan. Les débats approfondis, le travail rigoureux sur les projets et propositions de loi gênent ceux qui sont aux affaires. Le contrôle effectué sur l’action du gouvernement, de l’affaire Benalla jusqu’à la gestion de la crise sanitaire, agace au plus haut point. La crise sanitaire a accéléré la domination du pouvoir exécutif, dans une démocratie confinée, ralentie, bridée. Les rafales d’ordonnances, de décrets, d’arrêtés, souvent nécessaires face à l’urgence, ont difficilement masqué des choix politiques à long terme en matière sociale et de libertés publiques. L’impression domine qu’Emmanuel Macron se passerait bien du Parlement, que son projet jupitérien est d’installer un pouvoir central fort, face à
des baronnies locales fières de leur pouvoir apparent, mais faibles face
à la mondialisation. Fort heureusement, cette volonté de désintégration au seul service du marché s’est heurtée à de profondes résistances.

Les luttes des cheminots, l’émergence des Gilets jaunes, le soulèvement contre la casse des retraites, la colère des lycéens, des étudiants, des enseignants, des chercheurs, ont bousculé le pouvoir. On a même senti Emmanuel Macron vaciller devant la formidable mobilisation des soignants. Face au virus, l’évidence des dégâts du dogmatisme financier sur la société souligne l’urgence de solutions nouvelles en rupture avec le monde d’aujourd’hui. Le Chef de l’État, son gouvernement, ses partisans tentent de passer l’épreuve à l’approche de l’été sur le thème : « on va changer, mais on ne change rien », à coup de remaniement. Les élections municipales ont souligné la défiance de notre peuple à l’égard de dirigeants qui ont failli et mis notre pays en danger. La mobilisation sociale, le débat d’idées, de projets peuvent payer plus vite que l’on ne le pense. L’urgence écologique et l’urgence sociale sont profondément liées. L’idée qu’on ne préservera pas la planète et l’humanité avec ce système capitaliste est aujourd’hui criante et notre peuple l’entend.

Avec ce numéro qui dresse le bilan de trois années d’action du groupe CRCE, nous soulignons les dégâts de la politique actuelle, mais nous y opposons des propositions immédiates et de long terme. Nous nous félicitons de l’adoption coup sur coup en mai et en juin de deux propositions de loi : l’une pour rehausser les APL, l’autre pour revaloriser les retraites agricoles, déjà adoptée à l’Assemblée nationale à l’initiative d’André Chassaigne et de Huguette Bello. Sans prétendre à l’exhaustivité, ce numéro décline notre devise, cette voix différente que nous tentons de porter dans l’hémicycle du Palais du Luxembourg et que nous entendons bien porter plus haut encore dans les mois
et années à venir.

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